Des noces et des jeux.

Posted on mai 5, 2011

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Je dirais même plus: des noces royales et des jeux olympiques! Voilà en somme les deux événements qui vont attirer l’attention du monde entier sur l’Angleterre dans les prochains mois.

Cela n’est pas sans faire le jeu de la coalition conservateurs/démocrates qui gouverne depuis bientôt un an. Et ce pour deux raisons principales: cela éclipsera les réformes douloureuses annoncées en novembre dernier et cela devrait également mettre en sourdine les velléités indépendantistes régionales pendant quelque temps. On le sait, la politique ça fâche alors que les contes de fée ça, tout le monde aime!

Au fait doit-on dire Angleterre ou Grande-Bretagne? Et bien pas de chance, aucun des deux. Il faut dire Royaume-Uni, du moins s’il on inclut l’Irlande du nord, la quatrième nation de la couronne avec l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles.

Désigner les britanniques par le terme générique d’ « anglais » est donc une erreur. Ceci mis à part, 80% de la population britannique réside bel et bien en Angleterre et l’erreur est commune. Toutefois il serait inconvenant par exemple de dire d’un écossais qu’il est anglais.

Voilà qui rappelle les réalités géopolitiques d’un état en proie à des forces centrifuges. Ces deux grandes cérémonies sont donc plutôt bienvenues à un moment où le Royaume-Uni connaît, comme la plupart de ses voisins européens par ailleurs, des tiraillements communautaires et/ou une dilution du sentiment d’appartenance national.

Ces états membres de l’UE, on les connaît en définitive bien mal. Nous les croyons souvent hôte d’une unique nation et d’une seule langue. Or les apparences sont trompeuses, j’en veux pour preuve que les états de l’Union Européenne qui viennent de souffler leurs bougies ont bien eu du mal à rassembler leur population autour des festivités prévues pour l’occasion (175ième anniversaire de la Belgique; 150 ans d’unité pour l’Italie).

Par contre, phénomène assez bizarre, ces tensions restent pour la plupart internes. En effet un écossais revendiquera ses origines au sein même du Royaume-Uni, tandis qu’il se définira comme britannique une fois à l’étranger et pourquoi pas se réjouir du mariage de William et Kate. Cette bizarrerie explique surement notre ignorance vis-à-vis des particularités régionales de ces pays pourtant proches de nous.

Unifier la nation, tel est l’effet que devrait produire l’organisation de ces deux rendez-vous internationaux, le mariage princier et les jeux de Londres . Cela ne peut que réjouir le pouvoir central au 10 Downing Street pour lequel cette célébration permettra au peuple britannique d’oublier la crise et ses répercussion sur l’emploi (500 000 emplois publiques devraient être supprimés) ainsi que sur le pouvoir d’achat (les allocations sociales vont subir de lourdes coupes).

À l’heure où plus de 60% des britanniques se prononcent en faveur de la monarchie et 1,8 millions de nos voisins d’outre-Manche on déjà réservé leur tickets pour les jeux de Londres 2012, les conversations qui animent la capitale doivent être plutôt légères. Il y a bien des gens que cette mascarade doit insupporter mais les britanniques sont en général attachés à leur monarchie et à leur monarque en particulier. C’est pourquoi un scénario voyant les républicains accéder au pouvoir et destituer la reine Elisabeth II – tel que l’a imaginé Sue Townsend dans son roman « The Queen & I » – est difficilement concevable à l’heure d’aujourd’hui.

David Cameron, premier ministre a donc de quoi se réjouir. En effet si ses compatriotes placent leur paris sur la couleur qu’aura le chapeau arboré par la reine mère au moment d’entrer dans l’abbaye de Westminster, nul doute qu’ils oublieront pour un temps que l’ enseignement et les soins santé risquent bien de leur couter plus cher à l’avenir.

Ainsi en a décidé la majorité conservatrice au pouvoir: le système des soins de santé (NHS) sera réformé en profondeur, quant aux universités elles pourront dorénavant demander à leurs étudiants un minerval de 9000 livres annuelles. Ceci dit les effets négatifs comme positifs de ces deux nouvelles réformes du service public sont à mettre en perspective.

Mais les étudiants ne s’y trompent pas, beaucoup savent qu’ils n’ont pas les moyens correspondant à leurs ambitions académiques. Ils ont donc montrés leur désaccord fin 2010 en protestant énergiquement contre ces mesures d’austérités draconienne. Mais quid aujourd’hui de leurs revendications alors que le pays tout entier est à la fête?

Une chose est sûre cependant: avec ces deux grandes manifestations à venir, la cure d’austérité passe mieux. La diversion est assurée. On voit mal les syndicats appeler à une grève générale dans les semaines qui viennent. Deux divertissements de masse donc, mais suffiront-ils à faire passer la pilule? Car pour rappel en novembre dernier le gouvernement britannique annonçait un plan d’austérité sans précédent, le plus rigoureux de toute l’Europe.

Quoi qu’il en soit il en faut du courage pour réformer, d’ailleurs la popularité du premier ministre en a déjà pris un sacré coup. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose, d’ailleurs chapeau il n’a pas eut besoin de bébé providentiel pour faire baisser l’âge des retraites!

Monsieur Cameron est bien décidé à effectuer des coupes dans les dépenses sociales. Mais l’Angleterre, est-elle prête à accepter ce paquet de réformes austères? Réponse le 29 avril!

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Posted in: BRITAIN, POLITICS