Michelle Martin libérable, mais pas libérée.

Posted on mai 14, 2011

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Michelle Martin est l’ex-femme de Marc Dutroux. Jugée complice des actes de pédophilie de son mari, elle a consciemment omis de nourrir les petites filles Julie et Mélissa, provoquant de ce fait la mort de ces dernières.

L’affaire Dutroux fut un véritable séisme pour la Belgique. Ce fait divers particulièrement odieux a marqué la population belge. En octobre 1996 près de 600 000 personnes ont tenu à marquer leur solidarité envers les familles des victimes par une marche habillée de blanc dans les rues de Bruxelles. Cet acte manifestait également un profond mécontentement populaire qui sera à l’origine d’une modification en profondeur du système judiciaire belge.

15 ans plus tard, il semble que le malentendu entre la justice et le peuple belge persiste. En témoigne l’écœurement suscité par l’annonce de la possible libération d’un des deux bourreaux. Il est vrai qu’une libération à mi- peine passe mal auprès du grand public qui s’indigne.

Cette culture de l’allègement des peines visant à une meilleure réinsertion des détenus dans la société est incompris de la population. Les familles des victimes sont, quant à elles, consternées faut-il le dire. Mais bon à quoi sert la pédagogie quand l’émotion toute médiatique pousse les gens à vouloir le rétablissement de la peine de mort?

Ces gens qui hier encore interpellaient les américains à coup de slogans du type « de la justice, pas de la vengeance » sont aujourd’hui eux-mêmes confrontés au même dilemme. Et ils semblent bien que sous le coup de l’émotion, tout appel à la modération reste vain.

Les gens lyncheraient Michelle Martin s’ils le pouvaient. À chaque affaire judiciaire retentissante la population perd subitement la tête. Elle a vite fait fi des subtilités d’un état de droit. Le peuple se demande comment un avocat ose représenter un monstre. Et au fond on ne voit pas pourquoi s’embarrasser d’un procès inutile. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’émoi populaire n’est pas toujours bon guide.

En ce qui me concerne j’ai du mal à saisir l’hypocrisie de condamner une personne à 30 ans de prison si c’est pour ensuite réduire cette condamnation à 15 ans fermes. Je pense qu’une exécution effective des deux tiers de la peine serait plus logique et certainement plus moral.

Par ailleurs une question me taraude l’esprit. S’agissant d’un procès d’Assises, le but est que la justice soit rendue par les citoyens eux-mêmes. Le hiatus entre justice populaire et justice étatique n’a donc pas lieu d’être.

Ma question est la suivante: les jurés savaient-ils que Michelle Martin serait libérée après seulement 15 ans de réclusion? Etait-ce là leur souhait? Dans le cas contraire les jurés penseront dorénavant à condamner tout accusé au double de la peine afin de s’assurer qu’il purge le nombre d’années d’emprisonnement voulu. Cette situation est absurde.

Ceci dit la loi est la même pour tout le monde. Si on veut la changer, on fait passer le message aux représentants politiques. Le débat sur l’instauration des peines incompressibles en Belgique et sur les droits des victimes en général est posé. Mais bon voilà nous sommes en Belgique, pays réputé pour être surréaliste; et de fait nous n’avons pas de gouvernement depuis bientôt un an!

Cependant « l’affaire Michelle Martin » est aujourd’hui plus diplomatique qu’autre chose. Et pour changer, on a droit à un nouvel imbroglio intra-européen où les intérêts nationaux prennent le dessus. Pour le coup le ministre de la justice français s’est exprimé de manière prématurée et probablement partisane.

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Posted in: BELGIQUE, POLITICS