Le jury populaire au cinéma: à la recherche de la vérité perdue …

Posted on juillet 2, 2011

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Mieux que « 12 hommes en colère » abondamment cité ces derniers temps, il y a un autre film qui est à même de nous éclairer sur l’affaire DSK. Ce film c’est « Rashomon » réalisé par le japonais Akira Kurosawa en 1950. Ces deux chefs d’œuvre du septième art abordent toute la complexité propre à une affaire pénale ainsi que les biais de la justice rendue par les hommes.

« 12 angry men » illustre le fonctionnement du Grand Jury et le principe du « reasonable doubt ». L’accusation doit en effet convaincre les douze membres du jury « au-delà d’un doute raisonnable » que l’accusé est coupable des charges retenues contre lui. C’est derniers délibèrent à huis-clos et votent ensuite « guilty » ou « not guilty ». Pour condamner l’accusé, il faut impérativement un vote unanime de culpabilité des douze jurés. Au départ seul contre tous, le personnage joué par l’acteur Henri Fonda va progressivement convaincre ses camarades un à un. Il soutient non pas l’innocence de l’accusé mais bien le fait que l’on puisse raisonnablement douter de sa culpabilité.

Ce film en fin de compte nous dresse le portrait de douze individualités issues de la société civile. Tous ont des préjugés et ont du mal à s’en défaire.

« Rashomon » est un film qui met également l’accent sur le côté humain du déroulement d’un procès. Dans ce long-métrage primé par un Lion d’or à la Mostra de Venise, trois personnes se réfugient en dessous d’un portique pour échapper à la pluie battante. Nous sommes à Kyoto aux environs du huitième siècle.

Réunis autour d’un feu, tour à tour un paysan, un bûcheron ainsi qu’un bonze évoquent des faits terribles. Une histoire sombre au cours de laquelle un samurai a été assassiné et sa femme violée. Le redoutable guerrier Tajomaru est accusé des deux forfaits. Eux viennent tout juste de rapporter leurs versions des événements au tribunal. Mais voilà les quatre récits se contredisent tous de sorte que personne ne sait ce qui s’est réellement passé!

À la fin du film semble se dégager la question de la foi en l’homme. D’une part parce que les faits sont horribles et d’autre part parce que chaque témoin a, volontairement ou non, transformé les faits pour qu’ils soient à son avantage.

Mais c’est aussi un film qui nous éclaire sur un autre aspect des choses, à savoir la prétention même du système judiciaire à atteindre une quelconque vérité. En effet qu’elle illusion que celle de croire que la justice puisse faire la lumière sur toute les affaires. La vérité judiciaire et la vérité vraie sont deux choses distinctes. Pour couronner le tout en troisième lieu vient s’ajouter la vérité du populaire ou médiatique.

Dans un registre plus philosophique, la question se pose de savoir si l’homme à accès au réel ou bien s’il ne perçoit seulement qu’une partie de celui-ci. Selon Emmanuel Kant l’être humain n’a pas accès au réel en soi (le monde nouménal) et ne peut accéder qu’au monde phénoménal, c’est à dire à la réalité qu’il perçoit par ses sens et mise en forme par ses catégories intellectuelles comme le temps et l’espace, etc. Même à un niveau plus terre à terre, des gens de bonne foi qui assistent à un événement identique livreront autant de versions différentes.

L’importance des témoignages et la question de leur crédibilité est une des clefs du procès « Dominique Strauss-Kahn versus l’état de NY ». En gros c’est la parole d’une femme de chambre issue de l’immigration contre celle d’un homme politique riche et puissant. Or bien évidemment les versions divergent, chaque partie nous conte un récit différent. Heureusement pour se forger une opinion valable, le jury disposera d’éléments de preuve plus probants tels que des analyses ADN, etc.  Toutefois il y a à n’en pas douter une marge plus ou moins grande qui, en dehors de l’exposition faits bruts, sera réservée à la parole des hommes. C’est ce côté humain d’un procès qui nous est magnifiquement conté dans ces deux films: « Douze hommes en colère » et « Rashomon!

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Posted in: FILMS, FRANCE